Plié en deux

  Histoire vécue :

  Il y a quelques jours, je participais à la classique annuelle de tennis du Saguenay. Mon ami Sylvain et adversaire de ce jour est un gentleman et un sportif émérite frisant tout juste la quarantaine. Il pratique régulièrement le tennis, le badminton, le hockey et le ski de fond, tout ça dans la même semaine!

  Au début du match, Sylvain me signale qu’il traîne une lombalgie depuis quelques semaines et qu’il ne s’assoira pas aux changements de côtés. La position assise augmente ses douleurs et il aime mieux ne pas prendre de chance d’empirer son cas.

 Première erreur : Sylvain aurait dû écouter les signaux que son dos lui lançait.

 Deuxième erreur : Il n’aurait pas dû avertir son adversaire compétitif qu’il avait mal au dos. Je vais lui en faire payer le prix!

 Malgré son handicap du jour, Sylvain est en feu! Il gagne la première manche assez facilement mais au prix de nombreux déplacements. La deuxième manche est une autre histoire. J’augmente le rythme et Sylvain commence à ressentir des douleurs aiguës, sous forme de poignard, lorsqu’il effectue son service. À égalité, vers la fin du second set, Sylvain plié en deux, s’écrase au sol absolument incapable de poursuivre le jeu.

  Malgré quelques techniques thérapeutiques sur le court de son ami physiothérapeute, Sylvain doit abandonner la partie. Le problème est trop sérieux…

  Par la suite, notre sportif intense est venu à mon cabinet privé le lundi suivant pour une évaluation complète en physiothérapie. Sa douleur a quelque peu diminué mais elle se précise à la région lombaire gauche. En observant sa posture, on remarque immédiatement que sa colonne vertébrale est en forme de ″S″ avec une inflexion latérale droite.

  Différents examens objectifs m’orientent vers un diagnostic physiothérapique de lumbago.

   

Problème discal :

 

    Un lumbago, avec sa position caractéristique en inflexion latérale, nous informe habituellement d’un problème au niveau d’un disque inter-vertébral.

 Soient par des mouvements répétés, de la fatigue accumulée ou un mouvement forcé au-delà de votre résistance, il se produit des fissurations au niveau des fibres du disque.

  Plus précisément le disque est composé d’un noyau gélatineux encerclé d’anneaux concentriques fibreux. Lorsque ces derniers se fissurent, le noyau se faufile à droite ou à gauche imprimant au corps une position en inflexion. On appelle ça une attitude antalgique. Par exemple, si votre noyau se faufile à droite, vous pencherez à gauche pour ne pas l’écraser.

  

Avertissement :

 

Un lumbago c’est ordinairement spectaculaire. En effet la position tout croche et la douleur aiguë en inquiètent plusieurs. Cependant, quelques jours plus tard, le noyau  gélatineux revenant à sa place habituelle, les symptômes disparaissent.

 Par contre, c’est un sérieux avertissement qui signale qu’il y a une faiblesse dans votre disque.

  Si vous recommencez trop vite et que vous négligez d’écouter les signes lancés par votre corps, vous devenez à risque. Lors d’un prochain épisode, si le noyau va plus loin et touche un nerf, on parlera alors d’une hernie discale. Ce problème est pas mal plus incommodant et long à guérir.

À quarante ans, Sylvain commence à comprendre qu’il doit se ménager et apprendre à doser ses efforts sportifs. Il saisit aussi qu’il doit s’accorder des périodes de repos et de récupération.

Sylvain, tu auras sûrement l’occasion de me battre une prochaine fois en tournoi!

     

André Girard,Pht