Préposées aux bénéficiaires

Au cours des cinq dernières années, je dirais que le métier qui cause le  plus d’accidents du travail est sans contredit celui de préposée aux bénéficiaires.

Intentionnellement, j’en parle au féminin car la grande majorité du temps ce sont des femmes de 30 à 50 ans qui se blessent le plus.

 

CONDITIONS DIFFICILES

Monique 45 ans, est retournée sur les bancs d’école en suivant une formation intensive pour devenir préposée aux bénéficiaires.

Avec le vieillissement de la population, c’est un secteur d’activités où la demande est forte. Monique se trouve donc rapidement un emploi dans une résidence privée pour personnes âgées.

Quotidiennement, elle doit accompagner Irène, une cliente de 80 ans, en perte d’autonomie ayant été victime d’un accident vasculaire cérébral. Depuis elle est paralysée partiellement d’un côté du corps. Irène est une aînée en or, très peu exigeante et reconnaissante envers sa  préposée. Monique, dont la relation d’aide est innée, s’applique avec tout son bon cœur et son bon vouloir à donner les soins de base à sa cliente. Bain matinal, aide aux activités quotidiennes, entretien ménager et autres ne sont que quelques exemples de son travail.

La travailleuse et sa patiente ont développé au fil du temps une complicité qui se rapproche d’une amitié. Monique est donc maintenant difficile à remplacer car elle connaît toutes les petites habitudes routinières d’Irène. Cette dernière se retrouve même démunie lorsque Monique doit s’absenter.

La semaine dernière, à la sortie du bain, Irène a malencontreusement glissé et sa préposée l’a relevée en urgence sans avoir le temps de prendre les bonnes techniques de levage.

Résultat, Monique a ressenti une vive et subite douleur au niveau de la région lombaire. De plus, dans les heures qui ont suivies, la colonne vertébrale de Monique s’est progressivement inclinée vers la droite, signe d’un lumbago en installation. Notre préposée se retrouve donc à l’urgence. Le médecin diagnostique un lumbago aigu, lui prescrit une médication en conséquence et la réfère en physiothérapie pour une série de traitements appropriés. Un arrêt de travail de 2 semaines lui est aussi recommandé.

Malgré l’arsenal médical, la physio et le repos, le lumbago qui est en problème de déchirure au niveau des fibres du disque intervertébral doit prendre le temps de cicatriser.

Précisons ici que le disque n’est pas déplacé comme plusieurs "ramancheurs" pourraient vous en informer. Il est déchiré et il doit cicatriser.

Si vous avez une plaie externe sur un bras et que vous dérangez sa phase de cicatrisation, vous retarderez sa guérison. Aucun "ramancheur" ne peut  accélérer la cicatrisation des tissus! 

 

SOUS-PAYÉ

J’ai observé aussi dans ma région que plusieurs préposées travaillant dans le domaine privé surtout sont désabusées devant la lourdeur du travail et la faible rémunération qu’elles reçoivent.

En effet, dans certains établissements qui demandent un fort prix de loyer à leurs locataires, les préposées sont à peine payées un peu plus que le salaire minimum avec peu d’avantages sociaux. Ces conditions peuvent être aussi un incitatif à quitter ce secteur d’emploi par tous les moyens. Ça ouvre même la porte à certains débordements faits par des préposées peu scrupuleux, dénoncées d’ailleurs par les médias.

Toutes les personnes âgées ne sont pas des Irène! Certaines sont très exigeantes et peu affables! Avant de mettre des systèmes de surveillance partout, je pense que ce métier devrait être beaucoup mieux encadré et mieux rémunéré dans l’avenir.

   

André Girard